LES SEIGNEURS DE FRESNE ECQUEVILLY
Blason
ECQUEVILLY
D'après les "Notes Historiques sur Ecquevilly" de Pierre Bovard
Présenté par Jean-Pierre Vickoff

A cette époque, le ru était très poissonneux, en particulier à cause de l’étang de Fresne qu’il traversait (maintenant zone artisanale) ...


LES SEIGNEURS DE FRESNE ECQUEVILLY

De l’an 1000 à la Révolution française

Du XI ème siècle, date des plus anciens documents se rapportant à la " Châtellenie de FRESNE " , jusqu’à la révolution française en 1789, soit pendant 7 siècles, quatre familles se sont succédées à la tête de ce fief :

  • la famille de NEAUPHLE LE CHATEAU
  • la famille de POISSY
  • la famille d’O
  • la famille HENNEQUIN

Cette terre semble avoir pour origine le lieudit " muette " siège d’une ancienne capitainerie des chasses du roi.

  1. La famille de NEAUPHLE LE Château
  2. Le nom de FRESNE apparaît pour la première fois en 1508 dans une charte, concernant les redevances ecclésiastiques du lieu, accordées par le comte MEULAN en faveur du monastère de JUMIEGES. Cette charte fut signée par Hugues II comte de Meulan assisté par Richard de Neauphle et le fils de ce dernier Robert seigneur de Fresne. Richard, le plus jeune fils du comte Robert II de Meulan, était l’oncle paternel du comte Hugues. Richard avait reçu comme part de l’héritage, les terres sises entre la Seine, la Mauldre et la forêt des Yvelines. Terres qui furent érigées en " châtellenie " par son frère GALERIAN 1ier lors de sa prise de possession du comté de Meulan.

    Richard transmit les fiefs de Fresne, Aubergenville, Chapet et autres seigneuries à Robert son fils qui fut le premier seigneur à établir sa résidence à Fresne. Son château, situé au lieu dit " la basse cour " consistait en une tour carrée avec douves, fossés et murailles de défense en pierre. Des souterrains relaient ces bâtiments à la campagne environnante ; d’après certains anciens ils allaient jusqu’à la Muette et la Maladrerie des Mureaux dont il ne subsiste aujourd’hui qu’une simple petite tour. (j’ai moi même connu en bas de la rue Marcault sur la petite placette où se trouve actuellement un saule pleureur, une entrée de souterrain qui fut obturée par le maire de l’époque à cause de gamin qui s’y faufilaient ; d’après ces derniers (Jean-Pierre Vickoff en faisait parti) les souterrains étaient comblés.

    Robert de Fresne mourut en laissant son héritage à son fils aîné HUGUES dit le ROUX. Dans une donation faite en l’an 1106 au bénéfice du prieuré de Maule, Hugues le Roux est mentionné comme Baron de FRESNE. En effet Robert n’eut qu’une fille Jacqueline qui épousa GUASZON de POISSY auquel elle apporta en dot la terre de Fresne.

  3. La famille de POISSY
  4. La nouveau seigneur de GUASZON (aussi appelé Guasce dans certains livres) était le petit fils de Gaston de Chaumont, connétable de France, et de Jacqueline de Poissy, dame de Mantes et de Maison-sur-Seine. Selon " l’histoire de Normandie d’Orderic Vital " il se signala par son différend avec les moines de Maule qu’il avait chassé de leur établissement de Sainte Colombes. Plus tard, affligé par la mort de son fils Amaury, il rendit Sainte Colombe aux moines ; ensuite, pour se concilier les bonnes grâces de l’église, il fonda l’abbaye d’Abeccourt dans la forêt des Alluets près d’Orgeval. Guaszon mourut peu après, en 1189. Il fut enterré dans l’abbaye qu’il avait fait construire.

    L’abbaye d’Abbecourt date de 1180 et son église fut consacré en 1191 par Thomas Becquet archevêque de Canterbury, réfugié en France pour fuir les persécutions du roi d’Angleterre HENRY II. A la mort de Guaszon, son fils cadet Robert II de Poissy eut en partage la terre de Fresne. En 1194, Regnault, évêque de Chartes attribue aux moines de l’abbaye du Bec les revenus de l’église de Fresne avec son parvis et ses dépendances. C’est également sous l’administration de Robert II que le comté de Meulan fut réuni à la couronne de France.

    En 1231, Robert III fils puiné de Robert II hérita de la terre de Fresne, en 1234 il accorda " le cours de l’eau " du ru du Goncin (actuellement ru d’Orgeval) aux chanoines de Poissy, aux religieux de Saint Nicaise et aux lépreux de Comtesse. A cette époque, le ru était très poissonneux, en particulier à cause de l’étang de Fresne qu’il traversait (maintenant zone artisanale). En 1242, Robert fut convoqué par le roi Saint Louis pour combattre le comte de la Marche révolté et soutenu par le roi d’Angleterre Henry III ; il mourut dans cette expédition.

    Un des fils de Robert III devint seigneur de Fresne ; on retrouve sa trace dans un jugement rendu le jour de la Chandeleur par le Parlement de Paris. En ce 2 février 1259, il fut admit avec deux autres seigneurs descendants eux aussi des anciens seigneurs du lieu (sa trisaïeule Jacqueline de Fresne) et avec les lépreux de la Maladrerie de Comtesse, propriétaires du sol, a partager, chacun pour un quart, les " droits de justice " sur la foire qui se tenait annuellement aux Mureaux, droits sur lesquels le fisc royal élevait certaines prétentions.

    Le fils de Robert III mourut prématurément en 1265 et c’est son petit fils JEHAN qui lui succéda, et, étant donné son jeune âge, la tutelle fut assurée par son oncle Galérian de Fresne. Jehan n’eut pas de descendant mâle, sa fille Mathilde, son unique héritière, épousa un chevalier nommé Jehan le Baveux, ami du roi Charles V qui le retint en 1369 pour service royal sous le commandement du duc de Bourgogne (frère du roi).

    Mathilde eut deux enfants entre lesquels elle partagea ses terres :

    - le fils, Guy le Baveux, chambellan du duc de Bourgogne reçut la terre de BAZEMONT.

    - la fille, Jeanne la Baveuse, reçut la terre de Fresne.

    Jeanne la Baveuse prit pour époux Robert d’O sénéchal du comté d’Eu ; Fresne à ce moment là, passa de la famille de Poissy à la famille d’O.

  5. La famille d’O
  6. En épousant Jeanne la Baveuse, Robert d’O, VI ème du nom apporta la terre de Fresne à la famille d’O qui était une maison de Basse Normandie remontant au XIII ème siècle. Ce chevalier fut tué le 265 octobre 1415 à la bataille d’Azincourt. Son fils Robert VII, échanson du duc de Bourbon hérita de sa mère Jeanne la Baveuse, du fief de Fresne. Il fut l’un des quatre gentilshommes qui escortèrent en bateau la dépouille d’Isabeau de Bavière, veuve du roi Charles VI, morte le 4 septembre 1435. Ce transfert de Paris à Saint Denis eut lieu par la voir fluviale, les routes n’étant pas sures. Robert VII mourut en 1447 sans enfants mâles. Son héritage revint à son gendre JEAN dit le Sénéchal, qui prit alors le nom et le blason de la maison d’O (hermine au chef denté de gueules). Il transmit le tout à son fils JEAN II.

    Dans un état de la châtellenie en date de 1482, on retrouve le nom de Jean II sur l’acte de foi et hommage à soin suzerain Guy de Levis, seigneur de Marly le Chatel. D’après ce document, le château comprenait un manoir principal avec tour carrée, douves, fossés et murailles de défense en pierre et 21 fiefs nobles tenus à foi et hommage envers la seigneurie de Fresne. Ces fiefs étaient : Macherus (ancien fort entre Bouafle et les Mureaux), Bouafle, Commuel, La Muette, Goncin (vallée du ru d’Orgeval), Brezolles, Marcault, Val Richer, Romainville (trois tours carrés étaient encore visibles il y a un siècle), Presle (ferme sur le territoire de Flins), Valée Martinet, la Mare Plate, les Roulloirs, Chapet, îles de Mézy, Orgeval, l’Air (sur le territoire de Triel), Noisy (entre Ecquevilly et Flins), Louans (entre Presle et Flins), Neullu (près de Longjumeau) et Villanes (peut-être Velane près d’Epône).

    A cette époque Fresne était l’une des paroisses les plus peuplées du comté de Meulan avec 170 paroissiens c’est à dire environ 750 habitants ; sur le plan ecclésiastique elle dépendait de l’abbé du Bec-Hélouin. Quant le seigneur du lieu mourut, il fut remplacé par sont fils Charles, 1er du nom. A sont tour, en 1528, il céda son patrimoine à son propre fils Etienne d’O qui, protonotaire du Saint-Siège, légua son héritage à son neveu Charles d’O, 2ème du nom, seigneur de Bazemont, et la terre de Fresne revint à Jean. Celui-ci Jean d’O, III ème du nom, capitaine de la garde écossaise du roi de France, eut 6 enfants dont l’aîné François devint seigneur de Fresne.

    François d’O avait débuté dans la carrière des armes à la tête d’un régiment de cavalerie de " gens d’armes ". Il se lança dans la finance où il acquit bientôt une telle réputation que le roi Henry III l’attacha à sa personne et en fit vite son surintendant des finances. Ce " mignon " du roi avait pour maxime favorite " que le roi se trouvait maître absolu des biens et de la vie de ses sujets ".

    Ce fut au prix de nouveaux impôts et de nombreuses exactions qu’il put remplir les coffres du roi Henry III. Bientôt, il se mit à moitié dans toutes les fournitures (à son profit personnel) ; il avait également sa part dans toutes les Fermes (gabelle). Il faisait adjuger ces mêmes fermes pour moitié de leur valeur et partageait l’autre moitié avec les adjudicateurs. Il faisait encore obtenir à ceux-ci des remises et rabais dont une partie revenait à son profit. C’était le roi de la corruption. Il s’efforçait surtout de créer de nouveaux emplois (magistrats pour juger les questions relatives aux impôts) ainsi que de nouvelles charges (nouveaux nobles en Normandie) qu’il vendait contre espèces sonnantes et trébuchantes. Tout ceci mit dans ses coffres des sommes prodigieuses qui lui servirent à mettre en chantier, en 1582 son nouveau château qui fut incendié durant la Révolution.

    Ce château était un gracieux édifice en briques rouges avec encadrement en pierre de taille flanqué aux angles de quatre pavillons carrés. Il comprenait deux étages au-dessus du rez-de-chaussée construit sur caves à cintres surbaissés servant de cuisine. Au-dessus, un comble élevé, couvert en ardoises, présentait neuf têtes de tourelles agrémentées de girouettes, de clochetons et armatures en plomb qui donnaient un aspect des plus grandioses. La façade principale, ornée de statues dans leurs niches, était tournée vers l’église. au devant s’ouvrait la cour d’honneur séparée d’une avant cour par un large fossé (les douves) qui entouraient le château et que l’on franchissait sur un pont placé en face de l’entrée principale et débouchant sur la rue du château (actuellement Suzanne Deutch de la Meurthe) et la place de l’église. De ce château il ne subsiste plus que l’orangerie, utilisée par l’hôpital comme salle de chaufferie.

    Au moment de la lutte entre Henry IV et la Ligue, François joua le double jeu, il se déclarait ouvertement pour le Roi et en sous main soutenait les membres de la ligue, en particulier le duc de Mayenne. Le château fut le théâtre de cette conduite à l’occasion du siège de Meulan. Cette ville fut assiégée par le duc de Mayenne le 9 janvier 1590. Les meulanais commandés par M. de Bellengreville étaient en mauvaise posture ; à quelques jours de ceci, un commando de quelques assiégés attaqua de nuit et tua une trentaine de soldats de la Ligue qui gardait un dépôt de munitions entreposées par le duc de Mayenne dans l’avant cour dite " basse cour " du château de Fresne. Grâce à l’effet de surprise, les meulanais s’emparèrent des munitions et furent accueillis avec joie quand ils revinrent à leur ville. Meulan fut ensuite secouru par Henry IV et finalement le siège fut levé le 27 février.

    François d’O avait conservé auprès d’Henry IV ses fonctions et prérogatives financières, tout en ruinant son maître, il lui était nécessaire. Quant Henry IV devint le maître de Paris il crut pouvoir se débarrasser de son surintendant des finances en lui confiant le gouvernement de Paris, charge en principe incompatible avec ses fonctions financières ; mais François d’O sut concilier les devoirs des deux charges et continua à régir despotiquement les finances jusqu’à ce que la maladie réussisse à faire ce que le roi n’avait pas pu réaliser. Après sa mort, se héritiers et se créanciers furent déçus, ils escomptaient une grande partie des richesses que François avait su faire entrer dans ses caisses. Malgré l’importance de ses biens fonciers, les dettes surpassaient de beaucoup la valeur de ceux-ci. Tous les biens furent saisis par les créanciers.

    Après la vie fastueuse qu’il avait mené, il n’est pas étonnant qu’il soit mort pauvre. Selon Messeray : " le train de vie de ce ministre était largement plus élevé que celui du roi.  Le jeu et les maîtresses lui coûtèrent fort cher, il était somptueux en meuble et en habits, sa sensualité était extrême. Ses mets ordinaires étaient assaisonnés de musc et d’ambre, et il n’était pas rare qu’un seul plat lui revint à 100 livres. " C’est au mois d’août 1594 que mourut François d’O qui disait n’avoir point de regret de mourir s’étant abreuvé de tous les plaisirs que peut procurer la richesse. Par contre, le peuple qu’il avait ruiné, salua cette mort avec allégresse. C’est ainsi qu’il y a tout juste 400 ans la famille d’O perdit la baronnie de Fresne par suite de sa vente. La famille d’O ne disparut pas complètement d’Ecquevilly, en 1664 (soit environ 70 ans plus tard) il est retrouvé mention de cette famille dans les registres de l’état civil.

    En cette même année 1594, Henry IV fut couronné roi de France en la cathédrale de Chartes (ceci pour replacer les faits dans l’histoire). Il existe encore dans le berceau de la famille, à Mortée, dans l’Orne un château renaissance, le château d’O. Du château de François d’O à Ecquevilly, il ne subsiste à l’heure actuelle, que l’orangerie. La munificence de François se retrouve dans la ferme de la Muette (porte) dont il avait acquis la totalité du fief par échange avec la terre d’Herbeville. C’est également à la même époque, que pour ménager la vue du château, fut abattu l’ancien clocher de l’église, situé au-dessus du transept. Il fut reconstruit à l’emplacement actuel avec les décombres de l’ancien château comme semble le prouver une pierre sculptée que l’on peut voir sur la façade nord.

  7. La famille HENNEQUIN

S’étant portée adjudicataire lors de la vente du domaine de Fresne le 15 septembre 1607, la dame Jeanne Brulart veuve de Pierre Hennequin, en devint propriétaire par décret du Chatelet de Paris. La famille Hennequin va pendant près de deux siècles, jusqu’à la Révolution, régner sur Fresne qui durant cette période deviendra Ecquevilly.

La famille Hennequin était originaire des Flandres puis émigra en Champagne (un de ses membres donna en 1319 une verrière à l’église de Troyes). Les Hennequin furent anoblis par le futur roi Charles V alors duc de Normandie. Pierre Hennequin, mort le 11 août 1577 avait été président du parlement de Paris et en récompense de ses services et de sa probité la charge de sixième président à mortier fut créée en sa faveur. Son fils Oudart Hennequin hérita de la seigneurie de Fresne à la mort de sa mère et en rendit foi et hommage au roi Louis XIII en 1611. Pierre Hennequin, II ème du nom, lui succéda en 1635.

L’année suivante 1636 ( ?) la France entrait en lice dans la guerre de 30 ans. Les débuts furent désastreux et le royaume envahi par les Croates et les Hongrois ; une panique s’en suivit et il fut décidé de fortifier Meulan. La paroisse de Fresne, comme toutes les paroisses du comté de Meulan, fut requise pour travailler aux murs d’enceinte et servir dans la milice. Les travaux durèrent 3 mois et les combats étant devenus favorables à la France, les paroissiens requis furent renvoyés dans leurs foyers.

En 1642, Pierre Hennequin rendit " foi et hommage " au roi. Il légua par testament daté du 6 février 1660sa terre de Fresne à son neveu Nicolas Hennequin marié à Anne Sarus, dame des Roulloirs. Nicolas mourut le 31 octobre 1672. Son fils André, vulgairement appelé " le VAUTRAIT ", à cause de sa charge de capitaine des chasse du roi pour l’équipage du sanglier, devint à son tour seigneur de Fresne. Homme passionné, il devint fou de Marie Elisabeth Girard du Tillet dont le père était président de la Cour des Comptes et dont la mère avait pour aïeul un roi d’Ecosse détrôné.

André enleva la jeune femme et se fit donner la bénédiction nuptiale par un de ses valets de chambre déguisé en prêtre. Le père de la jeune et jolie Marie poursuivit activement le ravisseur. Un compromis fut négocié entre la famille de Fresne et Monsieur Tillet. Le mariage fut célébré dans les formes en signe de réconciliation. Marie était jolie et coquette et peut être même une peu galante, Monsieur de Fresne débauché et dépensier ; des nuages ne tardèrent pas à s’élever entre les deux époux.

Pour satisfaire ses besoins d’argent, le marquis s’était défait de ses frères. Au cours d’une partie de chasse il tendit à l’un le bout de son fusil pour l’aider à franchir le rû d’Orgeval ; depuis le lieu de l’accident s’appel " la Carabine ", nom qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui. Il effraya le cheval du second qui, jeté à bas de sa monture trouva également la mort.

Libéré de ce côté il résolut de faire disparaître sa femme afin de s’approprier sa dot qui était considérable. Après avoir feint une repentante tendresse, il proposa un voyage en Italie. Il la conduisit dans l’état de Gênes où il espérait trouver un vaisseau barbaresque qui fit voile vers Constantinople et où il aurait pu faire embarquer la marquise après l’avoir vendue comme esclave. Mais celle-ci flaira le piège et convainquit le voiturier de lui procurer les moyens de se réfugier dans les états du duc de Savoie. André vint y rejoindre Marie, et, après plusieurs péripéties entre les deux époux, la marquise formula une demande de réparation et obtint gain de cause le 17 mars 1673.

L’histoire fit grand bruit et un écrivain qui n’est pas passé à la postérité en tira un roman intitulé " mémoires de la marquise de Fresne ". Ce fut un best seller de l’époque qui dut être réimprimé plusieurs fois.

De là est née la légende qui veut qu’un corsaire, séduit par la beauté de la dame qu’il croyait être la maîtresse de M. de Fresne, en aurait offert un bon prix. Un narcotique versé à son insu dans la coupe de la marquise pendant un festin offert par le corsaire sur son navire aurait eu raison d’une résistance éventuelle de la belle.

Par précaution, le ravisseur aurait fait voile immédiatement vers Smyrne. Le corsaire aurait continué à bourlinguer sur la méditerranée et, après avoir réalisé de nombreuses prises, aurait enfin cédé aux prières de sa captive et l’aurait amenée à Rome pour intercéder en sa faveur auprès du pape. N’ayant pas été écouté, le corsaire se serait retiré dans un couvent en y abandonnant ses richesses non sans au préalable avoir remis 100.000 écus et de magnifiques diamants à la marquise qui put ainsi retourner en France et obtenir du roi réparation.

Quelle que soit la version retenue, le scandale fut tel que le marquis ne pouvait paraître quelque part sans que l’on chuchota sur son passage " voici l’homme qui vendit sa femme ". Pour échapper à la réprobation générale M. de Fresne sollicita du roi l’autorisation de substituer au nom de Fresne celui d’Ecquevilly, nom que portait une de ses terres en Normandie.

Le mariage avec Marie du Tillet ayant été stérile, André eut d’un second mariage plusieurs enfants.

Le fils aîné, Augustin Vincent Hennequin, déjà brigadier des armées de sa Majesté et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis, succéda à son père à la seigneurie de Fresne et dans l’office de capitaine général des chasses du roi, charge héréditaire de la famille. Noble et puissant seigneur il obtint, cinquante ans après la requête de son père, de remplacer le nom de Fresne par celui d’Ecquevilly, par lettres patentes du roi Louis XV données à Chantilly le 23 juillet 1724 et enregistrées à la cour des comptes en février 1728. Celles-ci érigeaient la terre, seigneurie et chatellenie de Fresne, Bouafle et dépendances en marquisat, sous le nom, titre et dignité de MARQUISAT d’ECQUEVILLY.

Augustin Vincent Hennequin, le premier marquis d’Ecquevilly, mourut le 18 décembre1749. A ce moment le marquisat passa aux mains de son fils, Augustin Louis Hennequin ; à son titre de marquis il ajouta celui de comte de Grand Pré, seigneur de Fumechon, Morainvilliers et autres lieux. Sa devise était " CORONABO " (je couronnerai). Il pris part aux batailles de Fontenoy, Dettingen, Raucoux entre autres. Il devint maréchal de camp en 1759, lieutenant général des armées en 1780, et chevalier des ordres du roi en 1784. Enfin le gouvernement des provinces de Champagne et de Brie fut sa récompense et le couronnement de sa carrière.

A Ecquevilly, il fit remettre à la mairie le TERRIER ; un seul des quatre volumes existe encore, les trois autres furent brûlés lors de la Révolution. Le marquis mourut le 24 ventose de l’an II de la République (1794) laissant sa femme Honorée de Joyeuse et cinq enfants dont l’aîné Armand François Hennequin qui avait émigré avec son frère en accord avec le roi Louis XVI au service duquel il se trouvait. Il rejoignit l’armée du prince de Condé où il remplit les fonctions de chef d’état major jusqu’au licenciement de cette armée en 1801. Son dévouement à la cause royale lui fit prendre les armes contre la France.

A la nouvelle de la prise de la Bastille, la commotion fut telle que les paysans pillèrent le château et brûlèrent les archives, en particulier le Terrier qui mentionnait les droit féodaux à régler aux seigneurs. M. Laisine, maire de la commune, sauva un des tomes qui est encore visible à la mairie. En 1790 le château fut à tout jamais anéanti, les matériaux servirent de carrière pour les maisons des paysans.

Les bien de la famille Hennequin furent confisqués, l’actif successoral fit l’objet d’un inventaire le 15 messidor de l’an III. Le partage eu lieu en frimaire de l’an V, entre les personnes restées en France et l’état. La nation obtint les 14/20 et les héritiers 6/20.

Le marquis Armand Hennequin ne rentra en France que sous la restauration ; quoique ne possédant plus Ecquevilly, il fut néanmoins autorisé par le roi Louis XVIII à conserver le titre de marquis d’Ecquevilly (1821). Il fut créé Pair de France et décoré de la grand Croix de l’ordre de Saint Louis.

Les sépultures ayant été violées, la famille vendit les biens qui lui restaient et quitta Ecquevilly.